Saint-Germain-en-Laye

Les trois « trucs » de Saint-Germain-en-Laye pour transformer son QPV

À Saint-Germain-en-Laye, la transformation du quartier de Bel-Air ne s’est pas limitée aux bâtiments et aux espaces publics. Dans ce quartier longtemps marqué par une image difficile, la ville a choisi de travailler sur ce qui fait aussi un quartier : ses habitants, leurs relations et leur capacité à s’approprier leur lieu de vie.

• Le 6C, un appartement pédagogique : des ateliers pratiques (bricolage, plomberie, cuisine…) pour aider les habitants à mieux maîtriser leur logement et gagner en autonomie.
• La Charte d’engagement républicain : un temps d’accueil en mairie pour les nouveaux habitants du parc social, afin de créer un premier lien avec la collectivité et rappeler les principes du vivre-ensemble.
• Les ambassadeurs du vivre-ensemble : des habitants volontaires qui s’impliquent dans la vie du quartier, facilitent les rencontres et contribuent à diffuser les initiatives locales.

Quand on arrive à Saint-Germain-en-Laye, on pense d’abord au château, à la forêt, aux rues commerçantes et à cette atmosphère de village que la ville a su conserver malgré ses quelque 46 000 habitants. L’histoire de la commune est ancienne. Le Nôtre aimait les perspectives et, depuis la grande terrasse, offre au regard une vue spectaculaire sur la vallée de la Seine. Puis le chemin de fer est arrivé au XIXe siècle, rapprochant progressivement Saint-Germain de Paris.

Mais cette image ne raconte qu’une partie de la ville. Sur le plateau, à quelques kilomètres du centre, le quartier de Bel-Air s’est développé à partir des années 1960. La ZUP est créée en 1965. Les immeubles apparaissent au début des années 1970, avec les équipements et les commerces nécessaires à cette nouvelle population. Pendant longtemps, Bel-Air a pourtant souffert d’une image qui lui collait à la peau. « On nous regardait parfois comme si nous n’étions pas vraiment Saint-Germanois », raconte Lily. La route participe aussi à cette séparation. La RN13 et les grandes infrastructures qui traversent le territoire ont longtemps constitué une frontière physique, mais aussi symbolique, entre le centre et le plateau.

Dans ce quartier où se côtoient près de 90 nationalités, les difficultés sociales, l’isolement et une image parfois associée à la violence ou aux trafics ont contribué à installer une forme de distance avec le reste de la ville. Aujourd’hui, pourtant, quelque chose a changé.

« Tout a changé ces quatre dernières années »

Lorsque nous visitons Bel-Air avec Paul Joly, architecte, urbaniste et adjoint au maire, une vingtaine d’habitants nous accompagnent. Le quartier a profondément évolué. Les opérations de renouvellement urbain ont transformé les bâtiments, les espaces publics et les équipements. Mais pour Paul Joly, la transformation ne peut pas s’arrêter à l’urbain. « Tout a changé ces quatre dernières années je dirais », raconte Martine. La rénovation physique du quartier est devenue le support d’une autre transformation : celle de la relation des habitants à leur logement et à leur environnement.

« Apprendre à aimer son logement, c’est apprendre à s’aimer soi-même », explique Paul Joly. La formule résume assez bien la philosophie développée à Bel-Air. Pour améliorer durablement un quartier, il ne suffit pas nécessairement de refaire les façades ou les espaces publics. Il faut aussi permettre à ceux qui y vivent de se sentir chez eux.

Le 6C : apprendre à habiter

C’est tout le sens du 6C, installé au 6, rue François-Couperin. Cet appartement pédagogique a été imaginé avec le bailleur social I3F, filiale francilienne du groupe Action Logement, comme un lieu où les habitants peuvent venir apprendre, expérimenter et échanger. On y organise des ateliers très concrets : peinture, plomberie, cuisine… Des choses simples, directement liées à la vie quotidienne dans un logement. L’idée est de donner aux habitants des clés pour mieux entretenir leur appartement, mais aussi de créer un espace où ils peuvent se rencontrer.

Atelier peinture dans le 6C ©FFTM – Raphaël Ruegger

Le Département a accompagné la démarche avec une subvention de 10.000 euros. Pour Paul Joly, l’enjeu est cependant allé au-delà de la recherche de financements. « Je leur ai dit que nous n’avions plus besoin d’argent », explique-t-il. Ce qui compte désormais, c’est de faire vivre le dispositif et de permettre aux habitants de se l’approprier. Car derrière les ateliers pratiques, il y a une autre question : celle de la solitude. Wissam le formule parfaitement : « Le plus difficile, c’est parfois la solitude. » Le 6C devient alors plus qu’un appartement pédagogique. Il constitue un prétexte pour sortir de chez soi, rencontrer ses voisins et créer des habitudes collectives.

De nouveaux habitants accueillis en mairie

La ville a également cherché à créer du lien dès l’arrivée des nouveaux habitants. Les nouveaux locataires du parc social sont invités à l’hôtel de ville, dans la salle des mariages, pour un temps consacré à la « Charte d’engagement républicain ».

L’objectif est de créer un premier contact avec la collectivité et de rappeler les principes qui permettent à une communauté de vie de fonctionner. Certains habitants vont plus loin et deviennent des « ambassadeurs du vivre-ensemble ». Là encore, la démarche repose sur une idée simple : plutôt que de penser le quartier uniquement depuis l’institution, faire des habitants eux-mêmes des acteurs de sa transformation. Et les effets sont parfois très concrets. « Maintenant je connais les habitants des dix étages de mon immeuble », raconte Lily. Une phrase presque banale. Mais dans un quartier où l’on peut vivre plusieurs années sans réellement connaître ceux qui habitent à quelques mètres de chez soi, elle dit beaucoup du changement recherché.

Faire sortir les habitants de chez eux

Le travail sur le lien social passe aussi par des rendez-vous réguliers. Avec Tous au Jardin, plus de 150 habitants se retrouvent autour d’un événement commun. L’été, Bel-Air Été rassemble jusqu’à 4.000 participants. L’hiver, Bel-Air Hiver en réunit environ 3.000. D’autres événements permettent de valoriser les cultures et les histoires des habitants du quartier. Les rendez-vous consacrés à la cuisine du monde peuvent ainsi réunir jusqu’à 200 personnes. 

Fête de Bel-Air Été ©Ville de Saint-Germain-en-Laye

Dans un quartier où se côtoient près de 90 nationalités, la cuisine devient naturellement un moyen de se rencontrer. Ces événements ont une fonction qui dépasse le simple divertissement. Ils donnent aux habitants des occasions de se retrouver, dans leur quartier, avec leurs voisins. Petit à petit, ils contribuent à construire une identité commune.

L’humain avant l’urbain

Dans toute cette histoire, nous en oublions presque que Bel-Air est devenu un « écoquartier » en 2019. L’appellation est importante. Elle raconte la transformation physique du quartier, son aménagement, ses espaces publics et ses ambitions environnementales. Mais est-ce bien là l’essentiel ? À Bel-Air, la transformation urbaine montre surtout qu’un quartier ne se résume pas à ses bâtiments. Un appartement pédagogique pour apprendre à habiter son logement. Des habitants qui deviennent ambassadeurs. Une mairie qui accueille les nouveaux locataires. Des événements qui font sortir les voisins de chez eux. Autant d’initiatives qui poursuivent finalement le même objectif : faire d’un espace résidentiel un véritable lieu de vie. Et peut-être rappeler qu’avant de construire un écoquartier, il faut d’abord construire une communauté.

Par Raphaël

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