Frédéric Emard

Saint-Julien-de-l'Escap

La mairie se refait une santé grâce au chanvre local !

À Saint-Julien-de-l'Escap, en Charente-Maritime, la mairie se rénove avec de la laine de chanvre et un crépi chaux-chanvre. Le village cultive désormais ses propres parcelles et a même construit, pour 30 000 euros, une mairie provisoire en palettes remplies de chanvre. Derrière ce projet, un maire maraîcher qui suit “le fil de l'eau” depuis quarante ans.

  • La rénovation de la mairie utilise un isolant en chanvre, réputé pour ses qualités thermiques et acoustiques.
  • La commune a construit sa mairie provisoire en palettes pour 30 000 euros, contre le coût d’un préfabriqué loué.
  • La France cultive 23 000 hectares de chanvre et reste le premier producteur européen.

Saint-Julien-de-l’Escap compte 900 habitants, en lisière de Saint-Jean-d’Angély. En cette rentrée, le village avance sur deux chantiers à la fois. Sa mairie historique se rénove avec des matériaux biosourcés. Juste à côté, des parcelles de chanvre poussent, cultivées localement. Derrière cette dynamique, un maire au parcours atypique, plus habitué aux champs qu’aux dossiers d’urbanisme.

Frédéric Emard vient d’une famille de maraîchers, des deux côtés. Il cultive lui-même la terre avant de s’engager en politique. En 1985, à 32 ans, il devient adjoint au maire. Il prendra ensuite la présidence du syndicat de l’eau, un poste qui façonne sa manière de voir les projets communaux. Pour lui, l’environnement ne se traite pas à la marge : « ce n’est pas une porte d’entrée, c’est un sujet primordial qu’on doit tous intégrer ». Cette conviction guide aujourd’hui le choix du chanvre. « On va faire du chanvre, local et bio », résume-t-il simplement.

Une filière qui pousse… qui pousse… sur place !

À quelques mètres de la mairie, des parcelles de chanvre ont été semées. Le village ne se contente plus d’acheter la matière première ailleurs : il la cultive lui-même. Cette culture séduit autant les agriculteurs bio que conventionnels, justement parce qu’elle ne nécessite aucun intrant. Un hectare de chanvre absorbe environ 15 tonnes de CO2. Son cycle de culture reste court, et les revenus qu’il génère se rapprochent de ceux du blé ou du tournesol. Seule contrainte : une rotation tous les sept ans, pour éviter que le taux de THC ne grimpe trop dans les sols. À l’échelle nationale, la France cultive 23 000 hectares de chanvre et reste le premier producteur européen. Une future usine de défibrage, dimensionnée pour traiter jusqu’à 1 000 hectares, doit transformer localement cette matière première.

Une mairie provisoire, construite à la main

Le déménagement des bureaux pendant les travaux a posé une question simple : où loger le public ? Plutôt que de louer des préfabriqués, le maire a proposé une autre solution, avec le conseil municipal et le foyer rural. Ensemble, ils ont construit une mairie provisoire, en bordure du village, entièrement à la main. La structure, 80 m², repose sur des palettes posées à la verticale, remplies de chanvre et recouvertes de panneaux d’OSB. Coût total : 30 000 euros, soit une bonne partie du prix d’une location de modulaires. Frédéric Emard résume lui-même le projet avec humour : « c’est ce que j’appelle une idée à la con », dit-il, avant d’ajouter que ça marche. À l’intérieur, la température reste agréable même par forte chaleur, alors qu’il faisait 38°C dehors le jour de notre visite. En hiver, un simple chauffage à huile suffit à maintenir 22°C. Une fois la mairie rénovée réintégrée, ce bâtiment en palettes deviendra le local des associations.

Avant même de poser l’isolant, il a fallu vider le bâtiment. Des bénévoles et des élus ont démoli eux-mêmes cloisons et anciennes isolations, un mois de travail qui a permis d’économiser plus de 50 000 euros. Cette implication se retrouve à chaque étape du projet : la mairie provisoire, les parcelles de chanvre, le chantier de rénovation. Ce sont les habitants du village qui mettent la main à la pâte, plutôt que de tout confier à des entreprises extérieures.

Comment ça marche ?

  • Le chanvre pousse sur des parcelles proches de la mairie, sans eau ni engrais supplémentaires.
  • Sa fibre isole du froid, du chaud et du bruit, une fois transformée en laine ou en crépi.
  • Il a servi à isoler la mairie en rénovation, mais aussi à remplir les palettes de la mairie provisoire.
  • Après les travaux, le bâtiment en palettes deviendra un local pour les associations.

À Saint-Julien-de-l’Escap, le chanvre n’est plus un simple matériau de chantier. Il devient une filière complète, cultivée, transformée et posée sur place, portée par un maire qui applique à sa commune ce qu’il a appris comme maraîcher. La mairie en palettes en est la preuve la plus visible : une « idée à la con » devenue un bâtiment qui tient ses promesses.

Par Raphaël

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