Golf urbain

Deuil-la-Barre

Le golf le moins cher de France

Pour 2 euros, les habitants de cette commune du Val-d’Oise peuvent s’initier au golf… en plein cœur de la ville. Une idée née d’un budget participatif qui attire des centaines de joueurs chaque année. Mais derrière cette initiative insolite se cache un projet urbain plus ambitieux : relier les quartiers, réinventer l’espace public et redonner toute sa place à la nature.

  • Un parcours de golf urbain de 9 trous accessible pour seulement 2 € la balle.
  • Environ 300 groupes ont testé le parcours en 2025.
  • Un projet qui s’inscrit dans la création d’une coulée verte de plusieurs kilomètres reliant les différents quartiers de la ville.

Le golf souffre d’une réputation tenace. Sport de notables pour les uns, loisir coûteux consommateur d’espace pour les autres, il apparaît souvent comme l’exact opposé des politiques publiques visant à démocratiser l’accès au sport et à optimiser chaque mètre carré de territoire.

Le constat n’est pas totalement infondé. En France, on compte près de 700 parcours de golf, mais à peine une quinzaine de golfs municipaux. Les coûts d’entretien se chiffrent généralement en centaines de milliers d’euros, voire en millions d’euros chaque année. Quant à la pratique, elle représente souvent plusieurs milliers d’euros annuels pour les joueurs réguliers. À Deuil-la-Barre, commune de 23.500 habitants du Val-d’Oise, le pari est tout autre. Ici, le golf coûte 2 euros. Et les trous ne sont pas cachés derrière des grilles ou des haies impeccablement taillées. Ils se trouvent derrière l’hôtel de ville, devant la salle des fêtes ou encore le long de la coulée verte. Bienvenue dans le golf urbain.

Un champion du monde à l’origine du projet

L’histoire commence en 2022, à l’occasion du budget participatif de la commune. Parmi les propositions déposées par les habitants figure celle d’Éric, champion du monde de street golf en 2018 et habitant de la ville. « J’ai poussé l’idée car le golf urbain permet de faire une activité physique accessible à tous, de donner accès à un sport souvent réservé à quelques-uns, de révéler des lieux de notre ville et même de créer du lien entre les gens », raconte-t-il.

L’idée séduit les habitants et fait partie des sept projets retenus. Les services techniques réalisent alors un parcours de neuf trous, répartis dans toute la ville. Ici, pas de greens sophistiqués ni d’aménagements coûteux. Les départs et les trous sont matérialisés par de simples cercles roses peints au sol.

Sur le premier trou, l’objectif consiste même à atteindre l’intérieur de la bordure entourant le troisième platane. Plus difficile qu’il n’y paraît. « Celui-là, il est technique », sourit Éric. Après plusieurs tentatives, nous confirmons.

Une activité qui réconcilie avec l’espace public

Pour jouer, rien de plus simple. Les clubs sont empruntés au Super U de la ville en échange d’une pièce d’identité. Dans le sac : un putter, un sandwedge et un fer 7. La balle, elle, s’achète dans un ancien distributeur à bonbons reconverti pour l’occasion. Vendue 2 euros, elle ne pèse que 13 grammes et a été spécialement conçue pour ne rien endommager. La démonstration est immédiate. Lorsque Kenan, directeur de cabinet de la maire, frappe un peu trop fort, la balle termine sa course sur une vitre de la salle des fêtes. Aucun impact. Le golf urbain n’est ni dangereux pour les personnes ni pour les biens.

Mais son principal intérêt est ailleurs. « Le joueur attend que les piétons passent. Souvent, ça crée du dialogue parce que les gens demandent à essayer, notamment les enfants. Puis ça discute, ça humanise l’espace public », observe Éric.

Selon la municipalité, plus de 300 groupes ont emprunté du matériel depuis le début de l’année 2025. Pour Muriel Scolan, maire de Deuil-la-Barre, le parcours remplit aussi un objectif territorial. « Nous avons un parcours de trois kilomètres qui passe par presque tous les quartiers de la ville. Nous avions un véritable besoin de créer un maillage entre les différents pôles de la commune, qui vivent souvent chacun autour de leur gare », explique-t-elle.

Derrière le golf, une stratégie de reconquête urbaine

Au fil des trous, une évidence apparaît : le golf urbain n’est peut-être que la partie la plus visible d’un projet plus vaste. Depuis l’hôtel de ville jusqu’à la gare de La Barre-Ormesson, le parcours suit une vaste coulée verte en cours de réalisation. Quinze minutes de marche permettent aujourd’hui de traverser la ville quasiment sans quitter un parc. À terme, seuls quelques centaines de mètres restent à aménager pour offrir une continuité complète aux piétons et aux cyclistes, chacun disposant de son propre espace, sans croiser la circulation automobile. « La ville du quart d’heure dans une ville de banlieue, c’est ça », résume Muriel Scolan. Année après année, la commune a transformé des friches en espaces verts et en équipements de proximité. On y trouve désormais des installations sportives, des aménagements paysagers mais aussi un « Cocott’arium », un poulailler partagé géré par une dizaine de familles volontaires.

« Ici, les gens se disent bonjour »

Au-delà des équipements, la maire constate un changement plus subtil. « Dans la coulée verte, les gens se disent bien plus bonjour qu’ailleurs. Ils sont plus détendus. Même quand ils vont travailler ou qu’ils rentrent chez eux, même quand ils sont pressés, ils se disent bonjour. » Une observation que confirment les habitants rencontrés sur place. « Moi, je viens du Nord. Je ne voulais pas venir en Île-de-France parce que j’ai besoin de vert, de nature. Ici, c’est le bonheur pour ça. On va à la coulée verte, on y est bien », raconte Midou, restaurateur en food truck à Deuil-la-Barre. Son témoignage résume sans doute le principal enseignement de cette visite. Le golf urbain attire l’attention parce qu’il est original. Mais ce qui marche vraiment à Deuil-la-Barre, c’est peut-être moins le golf que le cadre dans lequel il s’inscrit : une ville qui transforme progressivement ses espaces délaissés en lieux de promenade, de rencontre et de convivialité.

Et si, finalement, le plus beau parcours n’était pas celui des neuf trous, mais celui qui relie peu à peu les habitants entre eux ?

Par Raphaël

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