Villeneuve-Tolosane

À l’école, la culture n’est plus une option

À Villeneuve-Tolosane, en Haute-Garonne, tous les élèves des écoles publiques suivent un parcours culturel, de la petite section au CM2. Théâtre, galerie, ateliers d’artistes : la ville utilise ses équipements comme salles de classe. Une élève a même visité quatre fois la même exposition.

  • 48 classes et environ 1 200 enfants participent au parcours, depuis la rentrée 2023.
  • Chaque parcours associe pratique artistique, rencontre avec des professionnels et sortie culturelle.
  • Le dispositif coûte environ 66 euros par enfant et par an.

Elle a d’abord emmené ses parents. Puis ses grands-parents. Puis ses oncles et tantes. À chaque fois, la même expo, et la même envie de montrer ce qu’elle avait découvert. Cette élève de primaire résume bien l’idée du Parcours Culturel et Citoyen, lancé par la commune à la rentrée 2023 : faire passer la culture par l’école, pour que personne n’y échappe.

Des lieux là, mais pas pour tout le monde

Villeneuve-Tolosane ne part pas de zéro. Elle a sa galerie André Passamar, son théâtre Marcel Pagnol, sa médiathèque, et des partenaires dans toute l’agglomération toulousaine. Sauf que des équipements, ça ne remplit pas forcément des salles. Les élus l’ont vu très vite. Dans certaines familles, on pousse la porte d’un musée sans y penser. Dans d’autres, rarement. Question de temps, d’argent, ou d’un sentiment tenace : « ce n’est pas pour nous », là où les sociologues parlent de capital culturel. La mairie a choisi de s’en occuper là où tous les enfants passent, à l’école. Pour le maire, Romain Vaillant, c’est « une redistribution de la culture imposée, pour tous ».

Un parcours pour chaque classe

Depuis 2023, aucun élève du public n’est laissé de côté : 48 classes, environ 1 200 enfants. Chaque année, les enseignants piochent dans un catalogue. Arts plastiques, spectacle vivant, patrimoine, archéologie, citoyenneté, culture scientifique. Les services culturels montent ensuite le parcours sur trois verbes : pratiquer, rencontrer, comprendre. Concrètement, une classe qui travaille sur le spectacle vivant ne se contente pas d’aller voir une pièce. Elle passe d’abord des heures avec un artiste, visite les coulisses d’un théâtre, discute avec des professionnels. Le spectacle vient après. Les enfants se retrouvent des deux côtés du rideau.

Les CP et leurs cartes postales

Cette année, trois classes de CP ont travaillé avec l’artiste Emma Lecourt, dont les œuvres étaient exposées en ville. Sept séances autour d’un thème : la carte postale. Puis une restitution ouverte au public. Chaque année, le programme change selon les expositions et les artistes de passage. La ville s’appuie par exemple sur la Grainerie pour le cirque, et emmène aussi ses classes dans d’autres lieux de la métropole. Une classe d’arts plastiques peut ainsi tomber sur un film, ou sur une rencontre citoyenne.

Quand les enfants amènent leurs proches

Pour la restitution du projet d’Emma Lecourt, une soixantaine de personnes a fait le déplacement. Parents, frères et sœurs, grands-parents, trois générations dans le même lieu. Certains adultes entraient là pour la première fois. Les enfants, eux, prenaient de l’assurance. Ils racontent leurs ateliers à la maison, expliquent les œuvres de la galerie, jouent les guides. Notre élève aux quatre visites n’a rien fait d’autre.

Comment ça marche ?

  • Chaque année, les enseignants choisissent un thème dans l’offre de la ville.
  • Les services culturels organisent ateliers, rencontres et sorties.
  • Chaque parcours suit trois étapes : pratiquer, rencontrer, comprendre.
  • Tous les élèves des écoles publiques en profitent, de la petite section au CM2.
  • Coût : environ 66 euros par enfant et par an.

Et dans vingt ans ?

Personne ne sait combien de ces enfants iront encore au théâtre ou dans les musées une fois adultes. Le Parcours Culturel et Citoyen ne promet rien de tel. Mais il a déjà changé une chose : pour 1 200 élèves, la galerie et le théâtre ne sont plus des bâtiments inconnus. Ce sont des endroits où ils ont leurs habitudes. Et ils y amènent du monde.

Par Raphaël

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